"Si je continue à chasser comme ça, j'ai l'cul qui va finir dans le fossé, faudrait mieux descendre avec les élèves..."
La phrase que je viens d'écrire, là, en guise de titre, n'est pas le moins du monde le fruit de mon imagination. Non, cette phrase là, je l'ai entendue de la bouche du chauffeur du bus qui nous emmenait à Oradour. Oui, nous y sommes, Oradour le retour. Alors, je vous rassure tout de suite, pas de phone perdu, pas de Vaness ni de Cynthia. Non, ce voyage s'annonçait sous les meilleurs augures, car je partais avec deux de mes classes. Je connaissais donc tous les élèves et leurs conneries potentielles et avais aticipé : le placement des élèves par ordre alphabétique dans le bus, le discours solennel sur le comportement à tenir, sur la tenue vestimentaire à adopter en plein mois de février outdoor et tout et tout...
Autant être honnête, le défi était nettement moins dur à relever que l'an passé : classes très calmes, très sympathiques, très intéressées. Je ne suis donc pas passée par la case "stage au fond du bus" pour y imposer ma présence pacificatrice. Non. Le problème est venu d'ailleurs. Des personnes qui m'ont accompagnées, et des mes lâcheuses de collègues qui ont comploté pour que je me retrouve seule "Ah, t'accompagner à Oradour, ben non, chpeux pas j'y vais déjà la semaine avant" "nan, vraiment, ça aurait été avec plaisir, mais là tu vois, c'est la journée où j'ai deux heures de cours" "Ban nan, ce jour là, y'a frites à la cantine, franchement j'veux pas louper ça"... Depuis, j'ai un peu la réputation de la prof gentille, qui veut avoir des amis, mais en fait non.
Enfin bref, même pas mal, me voilà de bonne heure (7 heures dans le bus quand même) et de bonne humeur avec tout mon petit monde, on a chargé les paniers repas de la cantine (sans les frites) on a confisqué les sacs dos des élèves pour pas qu'ils bectent des chips dans l'bus (mais ils ont quand même planqué les bonbecs) moi, comme je suis la chef, j'ai mon panier avec moi, avec thermos de thé, bouquin, et tricot, des fois que tout le monde dorme. Je fais mine d'aller imposer une présence adulte au fond du bus, et là, c'est le drame... Impossible de m'échapper. Moi, la bavarde pathologique, qui ne laisse jamais personne en placer une, je suis victime d'un attentat. J'ai trouvé mon maître, le champion du monde. Je paie pour toutes les personnes que j'ai assomées de mes conversations sans fin, j'expie, je me flagelle, je ne suis qu'acte de contrition, c'est horrible. Promis juré, croix de bois croix de fer que je fouttrai la paix aux gens avec qui je parle, je respecterai des temps de silence, je ne serai plus incontinente verbale...
Il est 10 heures 23, Oradour est à 4 kilomètre et la route très enneigée. J'ai les yeux ouverts, mais je suis assomée par la conversation de ma voisine. Je commence à nourrir des projets d'assassinat avec les aiguilles à tricoter circulaires, qui pourraient m'aider à lui crever les yeux et à l'étrangler ensuite... Quand soudain le chauffeur nous demande de descendre (d'où le titre). Mes prières n'ont pas été vaines. Nous voilà donc partis pour 4 kilomètres à pieds (ça use ça use) pour rejoindre Oradour. Croyez le ou non, j'ai adoré cette promenade. J'ai fait voirure balai, j'ai marché avec la cops de Vaness qui avait mis ses bensimon (top dans la neige) avec le bourin de service qui a lancé des boules de neige aux moutons dans le pré, et consolé la dépressive de service qui ne voulait pas aller les ruines c'esttrophorrible.
Vivement l'an prochain, j'ai hâte de savoir ce qui va m'arriver !
